Les Démons Intérieurs .
La peur. Mes machoires se serrent, un frisson, tel une décharge électrique,
me parcoure la colonne vertébrale alors que j'amorce mon canard; l'océan est noir aujourd'hui, les nuages bas défilent vite et la température de l'air n'excède pas les 2°C. La houle est longue et très massive, avoisinant les trois mètres aux plus grosses séries, la marée très basse, plus beaucoup d'eau sur le banc de sable...
L'énorme mousse me percute sous l'eau, je tourne, elle m'arrache ma planche des mains et m'écrase sur le fond avant de me relacher de son étau. Je respire, je récupère ma planche et je repart au large. Là, j'ai bouffé sévère, et d'ailleurs cela fait presque 2 heures que je me prends ces foutues séries démesurées qui décalent et ferment dans un fracas hallucinnant. Je m'assoies sur ma planche, regarde aux alentours, les surfeurs aujourd'hui restent en petits groupes éparpillés ça et là.... et en ce jour de Février, il y a des vagues pour tout le monde.
La série pointe au large à nouveau et elle parait meme encore plus énorme que celle qui m'a léssivé quelques minutes plus tot....pourquoi suis-je encore à l'eau, pourquoi je m'impose encore cette épreuve?Ce n'est pas la passion pour le sport ni l'envie de surfer qui me pousse dans ces vagues, cela vient du fond de moi meme, comme une astreinte volontaire à toucher du doigt la pénitence.
L'océan m'inflige sa punition aujourd'hui et me rappelle à l'ordre . Je suis face à moi-meme, face à mes peurs et face au déchainement des éléments. Les regrets et échecs qui ont ponctués ma vie rejaillisent tels des électrochocs, et mon regard s'assombrit. Je sais pourquoi je suis là .
Cette fois-ci, je ne tente meme pas le canard, je lache la planche et plonge au fond....et une fois encore je me fais aspirer, démantibuler, écraser ...... parfois l'air vient à manquer et ce moment de panique est devenu presque jouissif, un rare moment de plaisir ou j'approche au plus près la perte de connaissance, la vue qui se brouille.....je sors la tete de l'eau, récupère ma planche et constate que je suis presque au bord. Je suis gelé , cette eau ne dépasse pas les 11°c et la nuit pointe vraiment tot ce soir.
Je repars au large, histoire de prendre une dernière bonne vague avant de sortir .....je sais ce qui me pousse à y aller....mes démons intérieurs sont beaucoup plus térrifiants que ces vagues et la douleur qu'elles m'infligent est infime en comparaison de ce qui me poursuit .
Commentaires